Amour maudit
Tuesday, 25 March 2008 | 14:25
Photo: photo.capsule.org
Une chauve-souris aimait un parapluie
Un grand parapluie noir découpé dans la nuit
Par goût de désespoir car tout glissait sur lui
Une chauve-souris aimait un parapluie
Aimait un parapluie
Elle marchait au radar, le sommeil l’avait fuie
Elle voulait s’mettre à boire, se jeter au fond d’un puits
Une chauve-souris aimait un parapluie
Un grand parapluie noir découpé dans la nuit
Découpé dans la nuit
Sans jamais s’émouvoir pour cette chauve-souris
Le grand parapluie noir sortait de son étui.
Il prenait sous son aile soin d’une belle de nuit
Qui, boulevard Saint Marcel, le nourrissait de pluie
Puis le grand accessoire se mit à voyager
Dans son bel habit noir, son habit noir de jais
Après les palabres, pour faire un peu d’osier
Un avaleur de sabres le mis dans son gosier
Le mis dans son gosier
A un acrobate, servit de balancier
Un vendeur de cravate le prit comme associé
Puis il se déplia sur une permanente
Puis il se déplia car il pleuvait sur Nantes
Car il pleuvait sur Nantes
Une chauve-souris, demoiselle de la nuit
Une chauve-souris aimait un parapluie
Elle vint chercher l’oubli au fond d’un vieux manoir
Où elle mourrait d’ennui pendant que le parapluie
Menait au Père-Lachaise une vie de bâton de chaise
Un jour de mauvais temps, un jour de mauvais temps
Un brusque coup de vent lui mit les pieds devant
On le laissa pour mort dans quelque caniveau
On le laissa pour mort avec le bec dans l’eau
Avec le bec dans l’eau
En voyant son squelette qui faisait sa toilette
Parmi les détritus et les denrées foutues
“C’est la chance qui m’sourit!” hurla la chauve-souris
“Je le croyais perdu, le manche est revenu,
Le manche est revenu”
Riant comme une baleine, pleurant comme une madeleine,
Une chauve-souris aimait un parapluie
Ils allèrent se dirent oui dans le grenier d’la mairie
Une chauve-souris aimait un parapluie
Thomas Fersen, La chauve-souris







