L’observatrice
Thursday, 9 December 2010 | 21:02C’est drôle, un école pendant les vacances. Des immeubles peuplés de rires d’enfants, des couloirs habitués aux pas lourds de petits pieds. Maintenant, le silence y règne. Et si les murs pouvaient parler? Qu’est-ce qu’ils nous raconteraient? En réalité, ils nous parlent tous les jours; c’est qu’on ne sait pas les écouter. On pourrait découvrir toute l’histoire du monde entre ces murs. Les chuchotements des jeunes: leurs peurs, leurs secrets, leurs amours clandestins – car la jeunesse n’a pas peur de la parole, ni de la partage. Les jeunes parlent sans cesse, aux autres mais aussi aux murs, aux arbres, au soleil, aux oiseaux.
Je ne vois plus d’oiseaux, ni du soleil, depuis ma poste dans ce couloir. Un couloir baigné de lumière fluorescente. Je me suis installée à la place désigné au plein milieu du couloir. D’ici je vois tout, bien qu’il n’y a rien à voir. Il n’y a personne, sauf quelques professeurs ennuyés et quelques gardiens errants. Et la jeune dame qui fait le tour du campus. Elle se promène partout et nulle part, ses mains remplies de papiers, ses pas plein d’urgence. Elle a l’air importante. Est-elle importante? Personne ne le sait. Mais on la voit marcher, marcher sans cesse. J’attends. Je passe des heures en attente. De quoi, me demande-t-on? Un peu d’activité. Sinon, je me contenterai d’une petite geste ou d’un sourire gentil.
Il y a des gens qui éclatent de lumière, dans lesquels la lumière bouge, danse, scintille. Des âmes radieuses. Voilà un garçon. Ses yeux sont bleus, mais pas le bleu riche de l’été – plutôt le bleu pâle de l’hiver: limpide, lumineux. Il y a un clarté presque effrayant dans ses yeux, tel que son regard est sérieux. Pourtant, ils sont plein de curiosité et de douceur, ces yeux. Ils révèlent une fragilité et une tendresse peu communs. Quand il vient m’interroger, il me regarde avec une intensité dévastatrice. Pendant ces instants, son regard m’appartient. Pendant ces instants, toute son attention m’appartient. Pendant ces instants, je ne peux regarder qu’à lui, ne peux me concentrer que sur lui. Un garçon, un étranger. Mais pendant ces instants, il m’appartient, et je lui appartient. La durée d’une conversation, la durée d’une éternité: c’est pareil.
On se demande ce qu’il y a d’important dans la vie. Et on répond par la bouche: l’amour, la famille, la charité. Puis on répond par nos actions: une piscine, une villa en Espagne, une télévision à haute définition. Qu’est-ce qu’il y a d’important? Le vivant, certainement. La mort aussi.
Mon rôle changeant, ma peau changeante. Des tâches d’encre au bout des doigts: petites preuves noires et moites d’un après-midi réussi.
























