Effets de neige et de givre
Friday, 26 January 2007 | 21:32
Photo: extremeinstability.com
Voici un poème d’Albert Lozeau, un canadien qui aimait décrire en ses poèmes la beauté de la nature et des saisons.
LES arbres ont l’aspect deblancs marbres qui poussent
Au bord des blancs trottoirs et des toits blancs qui
Il neige ! Tout se vêt de divine blancheur. moussent;
Pour couvrir le sol noir du vieux monde pécheur,
On dirait que la nue au vent se désagrège
Et tombe par milliers de flocons purs. Il neige!
Les champs, sur qui tout un long jour il a neigé,
Semblent lointainement des lacs de lait figé.
Dans les chemins ouatés où l’air froid souffle, il tinte
Une argentine voix de grelot, vite éteinte.
Et les petits enfants s’exclament, réjouis
Par le poudroiement clair du ciel de mon pays.
II
Un grain de neige fond en larme sur ma vitre.
Je referme mon livre au milieu d’un chapitre,
Pour regarder tomber la neige du ciel blanc,
Et la suivre en son vol tourbillonnant et lent.
Elle est molle, elle est vive, elle est fantasque et folle;
Elle plane, elle flotte, elle vogue, elle vole;
Elle est frivole et grave; elle a, comme un rimeur
Sensible, de soudains revirements d’humeur,
Selon qu’un petit vent nonchalant se révèle
Ou qu’un souffle nouveau soudain la renouvelle!
Mais tout cela finit, pour elle comme lui,
Par de longs pleurs coulés et par de l’eau qui fuit…
III
Ma vitre, ce matin, est tout en feuilles blanches,
En fleurs de givre, en fruits de frimas fins, en branches
D’argent, sur qui des frissons blancs se sont glacés.
Des arbres de vermeil l’un a l’autre enlacés,
Immobiles, ont l’air d’attendre qu’un vent passe
Tranquille, mol et blanc. Calme petit espace
Où tout a le repos profond de l’eau qui dort,
Parce que tout cela gît insensible et mort.
Vision qui fondra dès la première flamme,
Comme le rêve pur des jeunes ans de l’âme;
Espoirs, illusions qu’on regrette tout bas:
Sur la vitre du coeur, frêles fleurs de frimas…
IV
Par ces longs soirs d’hiver où, fatigués des livres,
Les yeux suivent l’effet sur la vitre des givres
Dessinant d’un pinceau lent et mystérieux,
Sous l’inspiration des grands vents furieux,
Des jardins, des forêts blanches et toujours calmes,
De fantastiques fleurs et de bizarres palmes, -
Ces soirs-là, comparant l’ombre qui rôde en lui
A la blanche splendeur des choses de la nuit,
Le poète isolé du monde, dans sa chambre,
Rêve a la grande paix des tombes de décembre
Et du linceul d’hermine amoncelé sans bruit
Qui, sous le ciel empli de clair de lune, luit…







